Le podcast va crever ! PART 2 : Mes réponses

Il y a eu quelques retours sur Twitter sur mon article Le podcast va crever (+ comment arranger ça)

Et j’avais envie de répondre à certaines affirmations, points de vue…

J’ai essayé de résumer les points qui revenaient le plus et de dire ce que j’en pense.

Donc voilà :

Mais personne ne nous force à être sur une de ces plateformes !

Il existe des solutions pour ne pas être sur les plateformes, donc on a le choix…

Et puis si les podcasteurs ne sont pas contents, ils peuvent très bien décider d’arrêter d’utiliser ces plateformes, qui perdront en influence, et finiront même par ne plus exister si le boycotte est massif.

Du coup, on a le choix…

R : Pour l’instant, on a le choix.

Mais la plateformisation, c’est un processus qui se fait petit à petit.

Au début, les podcasteurs vont soumettre leur flux RSS sur Spotify et Deezer, parce que… bon… pourquoi pas après tout ? Ça fait toujours des personnes qui écoutent en plus…

Ensuite ils vont voir qu’ils peuvent avoir les statistiques d’écoutes s’ils téléchargent les apps de ces plateformes. Donc ils vont le faire.

Et puis ils vont commencer à voir, que s’ils font des épisodes de tel durée, alors les algorithmes recommandent mieux leurs podcasts… alors ils vont privilégier cette durée.

Et puis on va commencer à leur proposer de gagner de l’argent avec leur podcast, avec les pubs qui passe avant, mais pour ça il faut pas dire de trucs qui fâchent les annonceurs…

Petit à petit, l’air de rien, le podcast se fait façonner par ces plateformes.

Et même si on réussit quand même à garder une certaine ouverture du podcast, que l’on arrive toujours écouter nos podcasts sur des lecteurs ouvert comme AntennaPod ou Pocketcast… même comme ça, les plateformes impacteront quand même le podcast.

Parce que ton podcasteur préféré fera des épisodes de 40 minutes au lieu de 1h30, parce qu’il poste sur Spotify et que l’algorithme à observer que les gens décrochent plus rapidement sur les podcasts de 1h30 que sur ceux de 40 minutes.

Et puis avant il disait plus de conneries ton podcasteur préféré, maintenant il est un peu plus sage, parce qu’il sait que s’il dit trop de connerie, son podcast peut être démonétisé ou pire enlever de la plateforme.

Enfin bref…

Même si tu écoutes ça avec un lecteur ouvert, ton écoute sera impactée, parce que la production sonore aura été moulée pour les plateformes.

J’en reviens à l’histoire du choix :

Oui, toi, producteur de podcast, tu as le choix.

Tout de suite, maintenant tu peux décider que non, tu ne veux pas être sur ces plateformes, et tu ne veux pas utiliser leurs outils.

Et justement, j’appelle tous les podcasteurs à le faire !

Mais pour l’instant, j’ai l’impression que c’est l’inverse qui se produit.

Il y a énormément de podcast à la base ouvert, qui se retrouve sur Spotify ou Deezer.

Je pense qu’il y a des tas de podcasteurs qui se font séduire par les outils proposés par ces plateformes (l’analytics, le montage (Anchor a été racheté par Spotify)…)

Si on regarde dans le passé jusqu’à aujourd’hui, c’est comme ça que les géants d’internet se sont installé.

Facebook, Google…

Tout le monde trouvait ça cool au début !

Donc tout le monde a utilisé…

Pourtant ils avaient le choix de ne pas l’utiliser.

Mais pourquoi ne pas l’utiliser, alors qu’ils ne voyaient pas les problèmes que ça pouvait engendrer ?

Résultat aujourd’hui, est-ce qu’on peut vraiment dire qu’on a le choix ?

Ils ont tellement de puissance, ils sont tellement présents partout, que non… on a pas vraiment le choix… ou c’est très difficile…

Là-plus part des sites que je visite ont Google Analytics qui permet de tracer mon chemin sur le web. Est-ce que je l’ai choisi ? Non.

Même si j’ai choisi un fournisseur de mail respectueux, 90% des mails que j’envoie sont à destination d’adresse Gmail, donc Google connaît le contenu de mes conversations, même si je ne l’ai pas choisi.

Tout un tas de site aujourd’hui utilise Google Recaptcha (tu sais, le truc où tu dois cliquer sur des images de feu rouge), Google est au courant que je suis allé sur tel site à telle heure. Est-ce que je l’ai choisi ? Non.

Aujourd’hui des gens tentés l’expérience d’une vie Google free » « sans Google », et ce qu’il en ressort à chaque fois, c’est que c’est très difficile (oui, parce que beaucoup de sites sont aussi hébergés par Google, dans leur cloud)

Et tous ça, c’est parti d’un simple moteur de recherche que personne n’était obligé d’utiliser.

Ce qu’on peut observer, c’est que les producteurs ont un pouvoir non-négligeable sur l’installation d’une plateforme.

Pour le web, c’est les agences web, les développeurs, les webmasteurs, qui ont eu et ont encore la responsabilité de l’installation de Google au niveau où il est.

Pour les podcasts, c’est les podcasteurs qui ont une responsabilité sur l’installation d’une ou de plusieurs plateformes à l’avenir.

Oui, personne ne te force

Oui, tu as le choix

Oui, tu as le choix de faire disparaître une plateforme si tu le souhaites.

Donc, du coup, n’utilise pas ces plateformes.

Parce qu’une fois installé, c’est très dur de s’en débarrasser (une fois que tout un écosystème c’est modelé autour d’une ou plusieurs plateformes, il faut beaucoup de force pour revenir en arrière).

Si je parle de tous ça dans des articles, c’est pour que les personnes concernées (ici les podcasteurs), se rendent compte de ce qu’il se passe, et qu’ils fassent un choix éclairé.

Et c’est pour que tous le monde face un choix éclairé, qu’il faut que tu en parles autour de toi, pour qu’il n’y ait pas que les plateformes qui te proposent leur narratif, mais aussi un contraire.

Les plateformes et le podcast indépendant peuvent cohabiter…

Des solutions seront toujours là pour le podcast indépendant !

R : Oui, ils peuvent cohabiter…

Mais c’est comme dire que YouTube et Peertube cohabite…

D’ailleurs est-ce que tu connais Peertube ?

C’est une alternative décentralisée (Peer-to-Peer) fédérer et libre à YouTube…

Il est probable que tu connaissais même pas Peertube

Pourtant, techniquement, YouTube et Peertube cohabitent.

Mais très très très peu de personnes connaissent Peertube comparé à YouTube.

Oui, ça cohabite, mais c’est quand même dommage que 95% (chiffre sortie du chapeau) de la vidéo se fasse via YouTube.

Même si YouTube et Peertube cohabitent, quand je regarde une vidéo, la majorité du temps c’est via YouTube, et pourtant je connais Peertube…

Pourquoi ?

Parce que la majorité des vidéastes sont sur YouTube…

Et donc même moi en connaissant une alternative à YouTube, je suis quand même obligé de regarder des vidéos sur YouTube, je n’ai pas le choix…

La présence d’alternative, la cohabitation, ne permet pas de choisir à 100%

À un moment donné la plateforme est tellement infiltrée partout que tu n’as pas vraiment le choix, même si tu le veux, comme je l’ai montré dans ma précédente réponse.

À un certain niveau d’infiltration, la plateforme ne laisse plus la place aux personnes de faire des choix libres.

Si l’infiltration est limitée, comme c’est le cas actuellement avec les podcasts, ça va… tu peux encore faire des choix libres…

Mais plus l’infiltration avance, moins tu as de choix, malgré la présence d’alternative.

Et puis comme je l’ai dit avant, même si des alternatives techniques existent, le contenu audio de beaucoup de podcasts (ça veut pas dire tous) sera façonné par les plateformes.

Plus les plateformes progressent, plus les alternatives sont affaiblies.

Ça ne permet pas de faire des choix libre.

Ça ne veut pas dire que tous le podcast seront modelés et distribué via des plateformes…

Il restera toujours des personnes qui seront complètement indépendantes des plateformes et qui produiront du contenu en totale liberté.

Mais de manière générale, il y aura la majeure partie des podcasts qui seront modelés et diffusé via des plateformes, et quelques podcasts qui seront en dehors de tout ça.

Est-ce qu’on ne préfère pas le contraire ?

Enfin bon… Deezer et Spotify, c’est quand même très loin de YouTube actuellement…

Ils n’ont pas la position monopolistique/hégémonique que peut avoir YouTube…

R : Actuellement, c’est très loin de YouTube.

Mais ce n’est pas une fois que ça sera au niveau de YouTube, qu’il faudra s’inquiéter…

Ça sera trop tard !

Comme montré avant, la plateformisation est un processus à la fois long et rapide, mais surtout très sournois.

Ça s’installe dans nos vies sans qu’en s’en rendent trop compte.

Une fois qu’une plateforme est bien installée, c’est très difficile de s’en débarrasser…

Après peut-être qu’on en arrivera jamais à la position hégémonique de YouTube.

Il y a les plans que fait une startup, et puis il y a la réalité.

Dans la réalité, il y a des tonnes de paramètres, des tonnes de frictions, des tonnes de trucs qui font que le plan ne va pas de passer comme prévu.

Donc, j’espère qu’on en arrivera jamais à la position hégémonique de YouTube.

Mais, il n’y a aucun moyen de le savoir à l’avance.

Et par le passé, ce type de stratégie de plateformisation ont montré qu’elles pouvaient aboutir.

Donc il faut se montrer prudent

Quand ta voiture fait un bruit bizarre, tu ne sais pas à 100% si tu vas finir par tomber en panne, mais tu vas prendre tes précautions (aller au garagiste…) pour que ça n’arrive pas.

Et le seul moyen de faire en sorte que ça ne se produise pas dans le podcast, c’est de ne pas aller dans le sens de la plateformisation.

Et puis même si on en arrive pas à la position hégémonique de YouTube, c’est quand même mieux de n’avoir aucune plateforme malsaine et quelques plateformes saines, non ?

Il y a peut-être des désavantages aux plateformes, mais il y a aussi des avantages !

Grâce à Spotify et Deezer, j’ai plus de personnes qui me découvrent et qui écoutent mon podcast !

Ça permet aussi à plein de personnes de découvrir le concept même du podcast.

Il ne faut pas voir que le mal… il y a aussi du bien…

R : Ce que tu me montre-là comme avantages, ce sont les avantages du concept de plateforme.

Donc pas limité à Deezer et Spotify…

Deezer et Spotify sont des plateformes gérer sous forme de startup.

C’est à dire qu’elles sont financées via du capital risque.

Pour expliquer en très gros : des investisseurs vont mettre beaucoup d’argent dans une startup, la seule solution pour que ces investisseurs aient un retour, c’est que la startup grossisse le plus possible, qu’elle capture un marché.

(Spotify a levé plus de 2,6 milliards de $ depuis le début et Deezer plus de 530 millions de $)

Une startup n’a que 3 issues finales :

  • Soit elle se fait racheter (par une autre startup ou par une entreprise)
  • Soit elle devient un monopole, un quasi-monopole, une Giga-corporation (en parallèle elle aura été introduite en bourse)
  • Soit elle meurt (ce qui arrive plus de 90% du temps)

Deezer et Spotify veulent devenir des monopoles. (Spotify est déjà en bourse)

Ça veut pas dire qu’ils vont le devenir… mais c’est ce qu’ils visent.

Pourquoi ?

Parce que c’est la seule et unique manière pour les investisseurs de regagner leur mise et de faire du bénéfice.

Les gens à la tête de ses startups sont tenus par cet impératif.

Ils n’essayent pas de rendre le monde du podcast meilleur.

Ils essayent de rendre le monde du podcast meilleur, pour arriver à faire gagner beaucoup d’argent à des investisseurs.

Malheureusement, l’intérêt des podcasteurs et des investisseurs n’est pas forcément aligné.

Ce qui fait gagné de l’argent, n’est pas forcément ce qui rend le monde du podcast meilleur.

Ces plateformes font des podcasts exclusifs parce que ça permet de générer des inscriptions, qui pourront ensuite être converties en abonnement payant.

Est-ce que ça rend le monde du podcast meilleur ?

Non.

Mais ça fait gagner plus d’argent.

Ce n’est pas le problème de tel ou tel startup. C’est le problème de TOUTES les startups.

C’est inhérent au modèle startup, c’est structurel.

Si elles ont pris de l’argent en capitale-risque, elles sont OBLIGÉES de générer un énorme retour pour les investisseurs.

Le truc, c’est qu’une plateforme n’est pas obligée d’être une startup.

Donc elle peut être débarrassée de cet impératif de générer énormément d’argent, de répondre aux besoins de capitale-risqueurs.

J’ai montré dans le précédent article l’exemple de Bookshop, qui est une plateforme, mais qui n’a pas pris d’argent en capitale risque, et qui donc n’a pas cet impératif de devoir générer un énorme retour d’argent pour les investisseurs.

Débarrassé de cette contrainte les plateformes peuvent apporter le meilleur aux personnes qu’elles servent.

Les avantages d’une plateforme sans les inconvénients.

Dans le monde du podcast, l’avantage pourrait être que plus de personnes découvrent et écoutent ton podcast par exemple.

Il faut vraiment faire la différence entre plateforme créer par une startup, et plateforme créer par une association, une coopérative, une entreprise à but social (sans prise de capitale risque)…

C’est très différent…

« Il ne faut pas voir que le mal… il y a aussi du bien… »

Si les plateformes apportent du bien au podcast, dans ce cas-là créons des plateformes saines…

Comme ça on ne pourra pas voir le mauvais côté d’une plateforme, puisqu’il n’y aura que du bien (bon, en vrai, j’ai dit ça pour la punchline, parce qu’évidemment rien n’est jamais tous rose, mais bon, ça sera déjà bien mieux)

C’est un problème de centralisation !

R : La centralisation est un gros problème.

Pas le seul comme on a vu (le podcast peut être modelé pour les plateformes, même s’il reste ouvert)

Mais c’est un problème.

Il ne faut pas qu’une entité ou même 2 ou 3 aient trop d’influence sur le podcast.

Plus il y a de décentralisation, ou encore mieux de distribution, plus l’influence, le pouvoir est partagé et moins il y a de point névralgique d’influence/pouvoir.

C’est vers ça quoi ont doit tendre.

Mais crois-moi, que ce n’est pas avec des startups que tu arriveras à ce genre de choses.

Deezer, Spotify, et les autres, font tout pour centraliser.

Plus c’est centralisé, plus tu as de pouvoir, plus tu peux capturer le marché.

Il faut discuter de la centralisation avec les projets sains existant et futur.

Et essayer de tendre le plus possible vert la décentralisation/distribution.

J’ai fait de mon mieux pour répondre aux différents point abordés, avec mes connaissances, ma sensibilité etc…

Mais si jamais tu as des perspectives différentes, des questions etc… partage-les !

Le débat n’en ressortira que grandi 🙂

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1 réflexion au sujet de « Le podcast va crever ! PART 2 : Mes réponses »

  1. Salut,

    Billet très intéressant.

    Hélas, ce que tu évoques n’est pas inhérent qu’aux podcasteurs indépendants.

    Je prends l’exemple de Radio France (un service public pourtant…) qui a récemment décidé de réduire le nombre d’épisodes disponibles auxquels on avait accès par leurs flux RSS. Cela afin d’inciter les auditeurs – je dirais même forcer – à passer par leur application, qui du coup – j’imagine – propose un flux RSS complet.

    Qui dit application, dit plate-forme, donc Apple ou Google, vu que Android et iOS est leur OS respectif. Ce qui pose la question – tu le soulignes dans ton article également – de la main mise de ces sociétés sur le contenu, sur le plan financier et éditorial.

    Je comprends que Radio France veuille maitriser la diffusion de ses podcast – je doute de leur réelle intention en fait… – mais hélas cela se fait au détriment de ceux qui veulent juste utiliser un bon vieux flux RSS.

    En conclusion, je n’ai pas le choix de pouvoir choisir mon moyen d’écoute, mais j’ai encore le choix : celui de supprimer leurs émissions de mon agrégateur.

    D’ailleurs, il y a encore des diffuseurs indépendants, genre Arte Radio (gratuit) ou Le Monde diplomatique (payant) pour lesquels il n’y a pas besoin de plateforme pour les écouter. Ceux ci t’encouragent même à passer par leur flux RSS. Donc la liberté existe encore… un peu.

    À plus !

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