Ces créateurs qui cherchent à être moins connus (pour être plus heureux)

Peut-on avoir un espace sur internet, où l’on a des échanges stimulants et bienveillants avec d’autres personnes… tout en gagnant sa vie avec ?

Certaines personnes font de la création de contenus leur métier.

Manipuler de l’information, faire des analyses, divertir etc… c’est un métier comme un autre… mais un métier où il est difficile de gagner de l’argent…

Quand on n’est pas salarié d’un média, qu’on crée en indépendance, ce n’est pas évident de concilier passion et argent.

Les créateurs, comme n’importe quels autres humains, ont besoin de se nourrir et de se loger.

Pour ça il faut de l’argent.

Mais comment gagner de l’argent, quand les gens ne paient pas ?

Il faut mettre de la publicité, faire de l’affiliation etc…

Et pour gagner suffisamment d’argent avec ces modèles, il faut avoir une GROSSE audience !

Parce qu’avec 50 personnes qui te suivent, tu vas gagner 10 centimes/mois en publicité, donc c’est un peu light pour le loyer…

Comment concilier l’individu avec un modèle pareil ?

Ce qu’on veut au fond, nous êtres humains, ce n’est pas avoir des milliers et des milliers, ou des millions de personnes qui nous suivent.

Quelques personnes avec qui partager ce qui nous tient à cœur ça nous va très bien.

Si l’on en vient à vouloir être suivi par des milliers ou des millions de personnes, c’est surtout parce que l’on sait que c’est la seule manière pour pouvoir gagner sa vie. (ou par fantasme égocentrique, mais c’est souvent passager et pas indicateur de ce que l’on veut vraiment)

En tous cas, c’est mon impression.

Et puis :

Exprimer ses pensées, partager sa passion à des milliers ou des millions de personnes est souvent destructeur.

C’est trop !

Il y a trop de jugements, trop de messages, trop de personnes tous simplement.

Vu que l’extérieur, j’ai l’impression que les personnes qui ont une certaines « célébrités », peuvent parfois avoir un trop plein « d’humanitude ».

On aime tous échanger, discuter, avoir des débats, même enflammés, avec d’autres personnes.

Mais à une trop forte dose, ça déborde…

Avoir une grande exposition aux autres personnes, ça veut aussi dire avoir une grande exposition à tous ce qui fait un être humain. Le côté positif, comme le côté négatif.

Oui, c’est intéressant d’être confronté à des jugements, à des avis différents etc… mais de manière limitée.

À mon avis, on est plus fait pour un cercle limité de personnes avec qui ont peut partager et s’exprimer.

Les personnes qui composent ce cercle changent, et nous aussi nous changeons, c’est une influence réciproque, mais le cercle reste toujours limité.

Enfin bref.

Pour pouvoir vivre, les créateurs se sont tournés vers un modèle qui va à l’encontre de ce que beaucoup recherchent vraiment :

Une connexion sincère et humaine avec un petit nombre de personnes.

Et je suis tombé sur une solution intéressante à ce problème.

En fait, ça fait déjà plusieurs années que j’en entends parler, et ça consiste à :

Limiter son audience.

Oui, oui, mettre volontairement à la porte des gens.

Mettre une limite au nombre de personnes qui peuvent te suivre.

Bien sûr, si tu fais ça, tu ne peux pas compter sur la publicité pour te financer, ni sur l’affiliation…

Tu dois demander aux gens de payer.

Ce qui est bien, c’est que ça permet automatiquement de mettre à la porte toutes les personnes qui ne sont pas intéressées par ton contenu, et qui ont pour habitude de laisser des messages cinglants juste pour te casser.

Si la personne ne t’aime pas, elle ne va pas payer pour te faire la guerre (ou alors t’as vraiment trouvé quelqu’un de très déterminé ^^)

Le gros problème de cette solution, c’est qu’elle met à la porte toutes les personnes qui ne peuvent pas payer.

C’est un vrai problème, et je n’ai pas vraiment réfléchi à comment on pouvait améliorer ce modèle pour l’éviter…

Par contre, le gros avantage de ce modèle, c’est que ça te permet d’avoir à nouveau un cercle limité. Ce cercle qui te permet une connexion sincère avec un petit nombre de personnes.

Du coup, tu évites tous un tas de problèmes qui découlent d’avoir une grosse audience (comme le fait de s’auto-censurer par exemple)

… et puis ça te permet de gagner de l’argent pour vivre.

Et je suis tombé sur un exemple qui illustre bien ce modèle :

La blogueuse Eleonore Bridge à lancer un espace où le nombre de personnes qui peuvent la suivre est limité.

Elle est blogueuse depuis 2006 et à bien vu l’évolution de la rémunération en ligne. La pub, l’affiliation, les placements de produits, les formations payantes…

Mais toutes les modèles de rémunération ont fini par lui poser un problème :

La pub ?

« Les pavés pub ont commencé à moins bien marcher avec la démocratisation des “adblocks”. »

Les placements produits et articles sponsorisés ?

« – les agences et les marques ont commencé à exercer une pression dégueulasse pour qu’on ne dise pas que c’était rémunéré (illégal bien sûr, mais la responsabilité engagée étant celle du blogueur et les marques s’en lavaient bien les mains) ou pour apparaître limite en rouge avec des étoiles qui clignotent sur nos gueules.

Et j’avais vraiment pas envie de me transformer en bonne femme sandwich en posant en photo en caressant une bouteille de shampooing contre ma joue, non merci. »

Et même quand Instagram a lancé la fonctionnalité « en partenariat avec » dans ses stories, pour un affichage plus propre et clair du caractère publicitaire du contenu, ça nécessitait de créer sur une plateforme externe, ce qui ne plaisait pas à Eleonore :

« J’ai donc pas mal délaissé mon blog au profit d’instagram.

Avec beaucoup de méfiance car je déteste gagner ma vie sur une plateforme qui appartient à une société extérieure et qui peut décider de tout changer tout le temps (et pourquoi pas me demander de payer pour utiliser mon compte un jour)

Et la frustration de voir qu’entre un article détaillé qui reste en ligne vs une story qui se perd dans les limbes, en terme de bénéfice lecteur y a pas photo. »

L’affiliation ?

« Ça s’est répandu et ça ne rapportait plus un copec. »

Les workshops ? (sorte d’atelier collaboratif)

« Le souci c’est que pour vendre ce type de service il faut beaucoup se spécialiser, traiter d’un sujet de niche encore et toujours, faire beaucoup de marketing, marteler son message.

J’adore parler d’entrepreneuriat et d’organisation quotidienne et de rangement. Mais pas au point de ne parler QUE de ça. »

C’est ce qui a mené Eleonore à créer cet espace, appelé « Eleonore Bridgewoods », payant et limité en place .

Il y a deux offres, limité à 100 et 150 places. Donc un maximum de 350 personnes. pour un prix qui varie entre 7€/mois et 72€/an.

Ça permet à Eleonore de proposer un contenu non-censuré « plus honnête en revenant à ce petit cocon que j’ai connu autrefois où je pouvais raconter ma vie sans être jugée par des milliers de personnes. »

Et sans aucune pub ou placement de produit « S’il m’arrive de parler de produits je n’y gagnerai pas un centime jamais. »

Ça lui permet aussi d’avoir du temps pour échanger avec les personnes qui la lise « J’y suis très accessible toute la semaine pour papoter et répondre aux questions. »

Et de publier « Des posts comme j’en faisais il y a des années lumières sur mon blog quand on était en petit comité avec des infos, de l’évasion, de l’inspiration, des clés.

Ces posts qu’on écrivait avec nos tripes parce qu’on était si peu à les lire, ces petites bribes de vies qui amenaient à des réflexions plus poussées sur des sujets divers et variés.

Ces posts qui n’étaient pas optimisés pour le référencement, ni trop longs ni trop courts, avec des titres inspirés et poétiques auxquels google ne comprend rien.

Ces posts que j’avais peur d’écrire parce que j’en avais marre d’être jugée, critiquée et analysée sur forums et réseaux sociaux…

Ces posts qui avaient fait doucement place à des posts “guides” et autres trucs et astuces que d’autres blogs spécialisés font bien mieux que moi. »

« C’est pourtant ces histoires très personnelles qui permettaient de raconter beaucoup de choses et d’ouvrir de super discussions. »

En clair « Des histoires et des confidences sur plein de sujets comme je les partagerais avec des copines autour d’un feu de camp. »

Pour vivre heureux vivons… plus cachés ? (Eleonore défini cette espace comme « mon nouveau petit cocon douillet. Ma petite cabane presque secrète »)

Une barrière se dresse quand même devant ce modèle : on s’est habitué aux contenus gratuits…

« C’est très dur d’envisager de payer pour quelque chose pour lequel on n’a jamais sorti un centime mais je pense qu’il y a en réalité beaucoup de psychologie la dedans.

On a payé des magazines avec 90% de pub dedans à 2,5€ par semaine pendant des années, dans le milieu du podcast les patreon sont légion, sur twitch c’est monnaie courante, c’est installé ça ne choque personne. »

Peut-être qu’un changement de mentalité va s’opérer…

On voit de plus en plus de créateurs opté pour ce genre d’espace limité, souvent en utilisant Patreon.

Un exemple en France, c’est la vidéaste Solange Te Parle, qui partage sur son Patreon des bouts de son quotidien, des podcasts, des rush commenté…

« C’est devenu mon endroit préféré (et sécurisé !) pour échanger avec celleux que j’appelle mes PARAPLUIES parce qu’ielles me protègent des intempéries. »

Bref, un modèle intéressant, même si en protégeant il exclut aussi les moins fortunés…

La route vers un modèle, plus sain, de création de contenus et de rémunération des créateurs continue, mais ça semble déjà en bon chemin 🙂

Je te conseille vivement de lire l’article qu’Eleonore a écrit pour introduire son nouvel espace. Ça aborde plein de sujets, c’est très intéressant 😉

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