Antilibraries, l’anti‑bibliothèque

On est beaucoup à avoir une liste de livres qu’on voudrait lire… maaaaais qu’on a pas le temps de lire.

Pourtant ils ont l’air très intéressant…

Eh bien peut-être que ce qu’il faut faire c’est une « anti-bibliothèque »

Le site « Antilibraries » a été créé par Brendan Schlagel, un écrivain, créateur de médias, collectionneur de livres, constructeur de sites, qui fait des side project, vivant a Brooklyn (New York), comme il se décrit sur son site.

Il s’agit d’une bibliothèque (accessible publiquement), qui rassemble tous les livres que Brendan a vraiment envie de lire, mais qu’il n’a pas encore lu.

Sur la page d’accueil de cette bibliothèque, tu as différent livres qui te sont présenté, aux sujets diverses (La science et la technologie, l’histoire, la littérature expérimentale, la sociologie etc…)

Si tu cliques sur un des livres, tu vas te trouver avec un résumé.

Mais pas un résumé écrit après avoir lu le livre.

Non.

Un résumé écrit avant d’avoir lu le livre

Voilà un extrait de ce que ça donne pour le livre « The Image of the City » :

J’ai vu celui-ci dans une librairie d’occasion à Seattle…j’aurais probablement dû le prendre, mais j’accumule les livres à un rythme assez rapide pour prendre au moins le temps de faire des recherches avant l’achat impulsif (au moins de temps en temps) De toute façon, cela semble être loué par la critique et super intéressant…

Ce livre concerne, au moins en partie, la « psychologie des conceptions urbaines ». Lynch tente de répondre à des questions comme « Que signifie la forme de la ville pour les gens qui y vivent » et « Que peut faire l’urbaniste pour rendre l’image de la ville plus vivante et mémorable pour le citadin » en examinant l’idée « d’imageabilité ».

J’aime ce terme : « imageabilité ». Je ne suis pas encore tout à fait sûr de la signification de ce terme, mais il a une résonance intéressante. D’après ce que je comprends, il explore l’idée de cartes mentales comme « images composites » de la ville qui révèlent de nouvelles dimensions d’un lieu, des aspects cachés de son caractère et de sa constitution. Il se concentre également sur l’idée de « lisibilité », ce qui me rappelle l’exploration du terme par Ribbonfarm. Ici, la « lisibilité » de la ville signifie « la facilité avec laquelle ses parties peuvent être reconnues et peuvent être organisées en un modèle cohérent ».

Brendan ne lit pas le livre, mais il va quand même plus loin que la couverture :

« Pour chaque livre, je commence généralement par lire le texte de présentation de quelques paragraphes. Si cela éveille mon intérêt, je me plonge dans les critiques sur Amazon / Goodreads, je feuillette la table des matières si elle est disponible, et je cherche sur Google le livre pour voir ce que je trouve d’autres choses à son sujet.

Je prends des notes au fur et à mesure, ce qui prend environ 10 à 20 minutes par livre. Ensuite, en fonction de ces impressions (et de tout ce que j’ai entendu sur le livre, etc.), j’écrirai quelques paragraphes résumant mes impressions et les raisons pour lesquelles le livre semble mériter d’être connu. »

Mais pourquoi faire ça ?

Pourquoi ne pas attendre d’avoir lu le livre pour en parler ?

Sur la page « À propos » du site on trouve l’explication :

« Dans Le Cygne noir, Nassim Nicholas Taleb décrit l’immense bibliothèque d’Umberto Eco, qui compte plus de 30 000 volumes, dont beaucoup ne sont pas lus. Ces livres non lus, l’anti-bibliothèque d’Eco, incarnent l’énergie potentielle de la connaissance, des livres, de la lecture et de l’apprentissage. Leur valeur ne réside pas dans ce qu’ils vous ont déjà appris, mais dans ce qu’ils peuvent vous apporter.

J’aime cette idée. Elle m’a fait réfléchir à toutes les choses que j’aimerais lire et apprendre davantage, et je trouve qu’elle aide à rendre tangible le processus d’apprentissage, en ajoutant toujours plus à mes étagères à mesure que j’explore les possibilités adjacentes de mes intérêts. »

« Cette collection de livres que vous connaissez, mais que vous n’avez pas encore lus – votre anti-bibliothèque – est extrêmement puissante. C’est une fenêtre, un enregistrement, un point à l’horizon. Elle vous emmènera dans des directions intéressantes, prolongera les branches de votre apprentissage de toutes sortes de manières imprévisibles. Une anti-bibliothèque bien conçue peut :

  • Vous aider à décider de ce que vous allez lire ensuite.
  • Étendre votre conscience sur une myriade de domaines de la connaissance et de la créativité humaine.
  • Vous donner la possibilité de « pré-lire » des livres et de mieux évaluer ce qui vaut le temps de plonger dedans »

Pour beaucoup, nos centres d’intérêts sont plus larges que le stock de temps disponible dont on dispose pour les explorer en profondeur.

Limiter nos centres d’intérêts à ce que l’on a le temps d’explorer en profondeur, c’est trop restreint. Ça ne permet pas de profiter de la flexibilité et de l’ouverture de notre esprit et d’une trop grande partie des sujets que nous offre le monde.

L’anti-bibliothèque permet de suivre nos centres d’intérêts à la vitesse où ils vont et d’en explorer (même partiellement) une grande palette.

Parce que le simple fait d’aborder un sujet inconnu, mais intéressant, est déjà enrichissant en soit, même si on a pas le temps de l’explorer à fond, ça nous permet d’élargir nos perspectives et de rendre visible de nouvelles possibilités.

Voilà pourquoi construire une anti-bibliothèque.

Celle de Brendan compte actuellement plus de 130 livres.

Et même si « Antilibraries » est l’anti-bibliothèque de Brendan, elle est suivie par une petite communauté.

Il faut dire que c’est intéressant, en parcourant le site j’ai voulu ajouter tous un tas de livres à ma liste de lectures.

Ça intéresse tellement qu’en 2017 un livre compilant des bouquins de l’anti-bibliothèque de Brendan a été financé participativement (64 personnes ont financé le projet, pour un total de 1760$, le montant original demandé était de 250$)

Antilibraries a aussi un forum où tu retrouveras des passionnés de livres, comme en atteste une rapide lecture des sujets posté :

« Y a-t-il des lecteurs de dictionnaires dans cette foule ? »

« Quel est le livre le plus obscur / bizarre que vous ayez jamais lu ? »

« Quels livres liriez-vous 100 fois ? »

Si tu es un grand lecteur, que tu es intéressé par tout ce qui touche de près ou de loin au livre, je te conseille d’y faire un tour, il est rempli de ressources, et de discussions intéressantes !

Pour ne rien louper des nouveaux livres ajouté à Antilibraries une newsletter est envoyé environ 1 fois par semaine.

Et si jamais ce projet t’a parlé :

« Vous avez probablement déjà une anti-bibliothèque.

Qu’il s’agisse de livres qui s’empilent dans les coins de votre maison ou de listes de « lectures d’un jour », si vous êtes comme moi, vous avez toujours plus de livres dans votre vision périphérique que devant vous. »

Et ce n’est pas obligé d’être à propos de livres, ça peut-être sur des films, des sites, des albums, des articles…

Il ne te reste plus qu’à la publier 😉

(Antilibraries est construit avec WordPress, et j’ai écrit un guide pour apprendre à construire un site avec si jamais)

Le créateur :
Brendan Schlagel

Quand as-tu créé Antilibraries ?

Ça a beaucoup évolué ; ça a toujours été un projet parallèle et a pris différentes formes.
La première version date de plusieurs années, peut-être de la fin 2014 ou 2015. C’était à l’origine un blog Tumblr + j’ai brièvement essayé de faire des posts quotidiens sur Instagram, mais cela n’a pas duré longtemps.
Depuis, j’ai essayé plusieurs formes de newsletter (occasionnel, parfois plus fréquemment que d’autres) et un site web plus récent ces deux dernières années.
J’ai lancé la partie forum / communauté l’année dernière. Ça a commencé comme un moyen de partager mes propres listes de livres, et s’est progressivement étendu au partage d’autres choses intéressantes que je trouve sur la lecture, les bibliothèques personnelles, et d’autres sujets similaires…

Voici un post de 2015 où j’ai écrit un peu plus sur la façon dont le projet a démarré.

Le Tumblr avec lequel Antilibraries a commencé, toujours en ligne

Comment est-ce que tu as créé une communauté sur Antilibraries ?

Dans l’ensemble, la croissance organique a été lente, ça a commencé par le blog il y a quelque temps et le partage de newsletters occasionnels et tweeter sur les livres et la lecture, par exemple.

Il y a quelques années, je faisais partie d’une communauté informelle axée sur l’apprentissage appelée Learning Gardens et certains des premiers membres de la communauté de Antilibraries venaient de là. Ces derniers temps, les choses ont été plus lentes, car la composante communautaire est passée au second plan dans le nouveau projet de cette année, qui a occupé la majeure partie de mon temps (école Internet / plate-forme d’apprentissage, hyperlink.academy, lancée cette année). Je n’ai pas publié autant de choses que je le souhaiterais sur le blog / la newsletter.

Mais j’ai réfléchi au projet et à la façon dont il pourrait continuer à évoluer, et je veux y revenir plus souvent cette année et donner plus de temps à la fois à la partie communautaire et à l’écriture / l’enseignement sur ces sujets.
Par exemple, au cours de la nouvelle année, j’organiserai probablement quelques événements et je dirigerai un petit cours en ligne sur la création d’une antibibliothèque et d’autres sujets liés aux pratiques de lecture personnelles. J’aimerais également ajouter d’autres choses à faire sur le site web (pour commencer, beaucoup d’autres livres… aussi une façon de créer des collections, et de partager des essais ou des liens vers des choses intéressantes que je trouve).

Construire son anti‑bibliothèque

Dans un ancien article (2015) Brendan donne des pistes pour ceux qui veulent créer leurs propres anti-bibliothèque, les voici :

Il existe de nombreuses façons de créer, d’entretenir et d’utiliser une anti-bibliothèque, depuis de simples listes jusqu’à un ensemble de notes personnelles et de stratégies organisationnelles.

C’est quelque chose que la plupart des amateurs de livres font probablement déjà sous une forme ou une autre, mais je vais vous faire part de quelques suggestions particulières pour organiser votre antibibliothèque.

Liste de souhaits Amazon

J’ai commencé à créer mon anti-bibliothèque sans m’en rendre compte ; j’ai simplement ajouté livres sur livres à mes listes de souhaits Amazon, pour finalement faire une sélection de mes favoris. Amazon a peut-être une relation ténue avec le monde littéraire, mais c’est l’un des meilleurs endroits pour s’informer sur les livres sans les acheter ; les avis et la fonction « lire un extrait » sont incroyablement utiles.

Notes personnelles

Si vous disposez déjà d’un système de prise de notes personnelles – Evernote, Scrivener, un tas de fichiers texte, peu importe – réfléchissez à la manière de l’utiliser pour suivre les livres de votre anti-bibliothèque. Une liste de titres, ainsi que quelques notes sur ce qui est couvert dans chaque livre et pourquoi il vous intrigue, est un excellent point de départ !

Blog

Il existe de nombreux outils, comme Medium, WordPress, Tumblr, ou même des listes publiques Amazon, qui permettent de partager facilement votre propre anti-bibliothèque avec d’autres. J’utilise actuellement Tumblr de deux façons : le formidable thème Otlet’s Shelf pour maintenir ma « liste de livres favoris », et une version modifiée du thème Paper pour héberger mon site web Antilibraries.

Suivre les autres

Je n’ai décidé d’utiliser le thème d’Otlet qu’après l’avoir vu tellement de fois qu’il est devenu impossible de l’ignorer. De nombreuses personnes intéressantes partagent des listes de livres géniales sur leurs sites web. (Quelques favoris : Austin Kleon. Liz Danzico. Gwern. Frank Chimero. Bret Victor. Mandy Brown). Donnez-leur un coup d’œil pour l’inspiration, et si vous êtes si enclin, partagez la vôtre !

Amazon, Amazon ?

Dans le monde du livre Amazon est partout, que ça soit pour la commande ou pour le côté « échange communautaire » avec Goodreads qui appartient aussi à Amazon.

Mais il existe des alternatives, j’en ai parlé ici et ici

En 2017, Brendan indiquait dans un article vouloir mettre un peu d’espace avec Amazon

« J’ai longtemps suivi mes listes de livres via Amazon, et les livres que je possède et que j’ai lus via Goodreads. Ce sont des services puissants et omniprésents… mais ce sont aussi des boîtes noires biaisées de grosses entreprises, et je veux avoir un contrôle plus important sur ces services. »

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2 réflexions au sujet de “Antilibraries, l’anti‑bibliothèque”

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