Amazon détruit les librairies, et Bookshop les sauva

Jusqu’à présent la révolution numérique n’a pas beaucoup profité aux librairies.

Amazon est arrivé avec ses gros sabots et a décidé d’éliminer les indépendants.

C’est un concurrent d’autant plus féroce qu’aux États-Unis, il n’y a pas de prix fixe pour les livres, Amazon propose donc des livres moins chers que les librairies indépendantes.

En plus de ne pas pouvoir lutter sur les prix, les librairies ne savent pas et ne peuvent souvent pas gérer toutes la logistique d’une activité e-commerce.

Jusque-là les librairies indépendantes subissaient beaucoup internet.

Mais il y a quelques mois une plateforme a débarqué, venu des États-Unis, et à l’air de changer petit à petit les choses :

Bookshop

Tu arrives sur le site de Bookshop, tu as une barre de recherche pour trouver un livre en particulier, sinon tu peux scroller et découvrir des listes de lectures, ou encore découvrir des livres par catégories.

Je clique sur un livre qui me plaît

Je l’ajoute à mon panier.

Dans mon panier on peut voir que mon achat va rapporter 7,49$ aux librairies indépendantes (sur un achat de 22,95$).

Explications :

Bookshop tire ses livres de Ingram (un grossiste de livre).

Quand tu achètes un livre c’est Ingram qui s’occupe d’expédier ton livre.

Une partie de la marge de Bookshop (7,49$ dans mon cas) va dans un pot commun qui sera redistribué entre toutes les librairies (même celles qui n’utilisent pas Bookshop, tant qu’elles font partie de l’American Booksellers Association, une association non-lucrative qui a pour but de soutenir les librairies indépendantes)

C’est déjà très intéressant, mais Bookshop va encore plus loin :

Les librairies peuvent aussi créer leur boutique en ligne sur Bookshop.

Pas besoin de payer, de s’y connaître en programmation, ou quoi que ce soit, tout est très simple, comment créer sa page Twitter en quelque sorte.

Pas besoin non plus besoin d’avoir un stock dédié à leur boutique en ligne, ou d’expédier les commandes, puisqu’elles sélectionnent les bouquins qu’elles veulent mettre sur leur boutique à partir du catalogue d’Ingram (le partenaire de Bookshop grossiste de livre) et c’est aussi Ingram qui s’occupe de l’expédition.

Toi entant que lecteur, tu peux aller sur la boutique Bookshop de ta librairie, par exemple, « White Whale Bookstore »

Parcourir leurs sélections.

Choisir un livre et le commander depuis leur boutique Bookshop.

Cette fois-ci, les 6,60$ iront directement à White Whale Bookstore. (c’est à dire 30% de la vente, presque l’entièreté de la marge que fait Bookshop)

Là, tu vas me dire « Ok, ça a l’air sympa, mais comment Bookshop gagne de l’argent »

Je te l’accorde, ça sonne fort comme une stratégie de startup.

On propose un produit gratuit, avec une forte valeur ajouté, histoire de virer tous les concurrents, et une fois en position de force, quand on est tout seul sur le marché, on impose nos conditions à tous le monde et/ou on se fait racheter (dans ce cas précis, Amazon ferait un excellent racheteur).

Mais Bookshop n’est pas une startup.

C’est une B-corp c’est à dire une forme de société qui répond à des exigences sociétale et environnementale, de gouvernance et de transparence envers le public.

Elle a bien levé des fonds (775 000$) auprès d’individuel, mais pas de l’argent de capital risque.

Bookshop a été fondé par quelqu’un (Andy Hunter) qui est dans le monde du livre depuis plus de 10 ans et qui est inquiet de la domination progressive d’Amazon sur celui-ci.

Ils ne veulent pas la pression de devoir générer un retour x10, et c’est écrit dans leur statut d’entreprise qu’ils ne se vendront jamais à Amazon.

Ils veulent être une entité de confiance, sur laquelle les librairies peuvent s’appuyer avec confiance, sans avoir peur que la plateforme soit détournée par un acheteur qui n’a pas les mêmes valeurs qu’eux.

Les ventes via les boutiques de librairies représente 65% des ventes de Bookshop.

Les autres 35% de ventes (comme dans mon premier exemple), sont celles qui font gagner assez d’argent à Bookshop pour fonctionner.

Voilà. C’est tout.

Ils font volontairement le choix de faire passer leur mission avant le profit (et ce n’est pas pour ensuite inverser le truc, comme avec une startup)

Si Amazon à autant grossis, c’est aussi grâce à son système d’affiliation.

Tu partages un lien, si une personne passe par ce lien et achète, alors tu reçois une commission (un pourcentage sur le prix de la vente)

Bookshop propose aussi un système d’affiliation.

Tu peux donc ouvrir un compte affilié, et gagner 10% du prix des ventes qui se font via tes liens ou ta boutique. (contre les 4,5% proposé par Amazon) (et un 10% de plus va aux librairies)

Top pour les blogueurs, vidéaste, podcasteurs etc… Le New York Times propose déjà des liens affiliés Bookshop à côté du lien Amazon quand ils font des recommandations de livres.

Aller, un autre petit point a ajouté aux avantages de Bookshop :

Si tu le veux, tu peux t’inscrire à la newsletter d’une librairie (et la librairie aura directement ton mail, Bookshop ne garde pas cette information pour lui), ce qui permet aux librairies d’avoir un contact direct avec leurs clients.

À l’heure où j’écris ces lignes (26 août 2020), Bookshop a déjà rapporté plus de 6 millions de dollars aux librairies indépendantes.

Et ça, en seulement quelques mois, puisque la plateforme a été lancée en Janvier 2020 (il est vrai que le confinement à booster leur affaire), d’ailleurs elle est toujours en Beta.

Je pense qu’on peut rajouter Bookshop à la liste des middle-man qui ne profitent pas de leurs positions. (itch.io fait aussi partie de cette liste)

Si tu veux en savoir plus sur Bookshop et son fondateur, je te conseille l’interview qu’a fait le podcast Rework.

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Un truc à dire ?

    • Oui j’avais fait un article sur ces alternatives en France aussi

      Pour un Bookshop français, je vois pas pourquoi ça pourrait pas se faire.

      Les librairies française sont mise en difficulté avec Amazon aussi. Et l’histoire du prix libre ou fixe ne touche pas au concept de Bookshop 😉

      Répondre

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